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Kaddour M'Hamsadji Écrivain et chroniqueur littéraire

Si l’on considère que la littérature — tous genres confondus — est l’expression  essentielle et historique d’un peuple vivant, c’est-à-dire, qui avance dans l’infini  chemin de son existence et élabore avec éloquence son renouvellement à  travers l’éternité du temps et de l’espace, on doit se convaincre que l’évolution  de la littérature algérienne a été, est toujours, une suite d’actions déterminantes  consacrées à la recherche de l’affirmation constante de l’identité de l’Algérie et  à l’enrichissement de sa personnalité-De quelques aspects de l’évolution de la littérature algérienne d’expression française.


altUne étude profonde pourrait nous faire saisir à travers une analyse serrée tout le caractère  et toute l’importance de cette évolution  intimement liée aux événements de l’histoire de notre pays depuis les temps primitifs des Berbères, la période punique, la conquête  romaine, le siècle vandale, la succession byzantine,  l’héritage musulman à partir du viie siècle, l’Algérie  ottomane, la colonisation française, la Seconde  Guerre mondiale, la R évolution algérienne,  jusqu’à l’indépendance et après.

Le pays (lieu de  naissance, de vie, des amitiés multiples), l’histoire  (des siècles et des siècles de formation de  groupements historiques, de souvenirs hérités  ou vécus), le patrimoine (la langue, la culture, les  traditions), l’avenir (volonté de vivre ensemble  et espérer le même destin) ont ainsi fait, à  l’évidence, que l’Algérie a été au centre d’une  littérature d’existence dans les temps sombres  comme dans les temps de lumières, de guerre  et de paix. U ne telle littérature, exprimée en un  moment de l’histoire, a été servie, dans un but  d’efficacité, par la langue la plus fréquente dans le  pays de naissance.

 

En conséquence, l’évolution de  la littérature est sujette aux données historiques  de tous ordres, prioritairement à la situation  linguistique et aux faits politiques dominants.  Des hommes et des femmes, à des époques  différentes, ont conçu des oeuvres pour se dire  et dire leur milieu géographique, politique, social,  culturel.

Une littérature, fragment après fragment,  singulier et pluriel, s’est constituée en évoluant  en fonction des préoccupations surgies au cours  de l’histoire du pays. L es auteurs, faisant usage au  cours des siècles de la langue traditionnelle ou  de la langue vivante du siècle dans lequel ils ont  alors vécu (le punique, le grec, le latin, l’arabe, le français et l’amazigh l’un des idiomes berbères),  ont su, de leur temps, créer l’expression écrite  ou l’expression orale la plus pertinente pour  rendre compte des conditions de vie de leur  société. Cependant, comme il n’est pas ici  raisonnable de traiter un sujet aussi étendu et  aussi complexe dans une suite commode de  paragraphes développant, en la circonstance, une  simple réflexion, prenons la liberté de n’évoquer  que quelques aspects significatifs de l’évolution  de la littérature algérienne et de la littérature  d’écriture française, sauf à faire quand même  un rappel historique aussi bref que possible de  ce qui a pu contribuer à la longue formation  de l’Algérie avant 1830.

Chemin faisant, étape  après étape, sans trop rompre le rythme de la  marche de l’histoire littéraire, seront proposés  des exemples qui ont, à notre sens, été peu  ou prou formés sous les influences des milieux  géographique, social, historique, politique et  linguistique, à une époque déterminée. C’est  donc seulement par références à ces aspects  du rapport milieux-auteurs que nous pourrons  essayer sinon d’expliquer l’évolution de notre  littérature du moins de montrer que le milieu, de  quelque nature qu’il soit, explique, souvent plus,  le contenu de l’oeuvre et les intentions et l’art de  l’auteur que l’auteur et son oeuvre n’expliquent  le milieu de référence, car si ceux-ci prétendent  à l’immortalité par la transmission, celui-là s’est  consacré à sa transformation et à son éternité.  Une telle généralité est sous nos yeux. N otre  pays, l’Algérie, avant même sa formation et  son appellation définitive, a révélé à chaque  âge, outre de grands héros de la résistance aux  envahisseurs étrangers, des auteurs, une langue  et une littérature.

En bref, disons que sous la  puissante Carthage, l’influence hellénique, en « provincia africa », a été déterminante sur la  langue primitive (qu’on est convenu d’appeler  le libyque) et le mode de vie des populations  berbères qui ont constitué l’élément le plus  ancien.

Le punique et le grec puis surtout le latin  (ayant pris rapidement la prééminence dans le  domaine linguistique avec l’arrivée des R omains)  ont fait connaître des auteurs « algériens »  exceptionnels (Berbères romanisés et R omains  berbérisés) dont, par exemple, l’un d’eux, Saint-  Augustin (354-430), « écrivain de grande classe »,  brillant orateur et redoutable polémiste contre  les donatistes, a marqué son Siècle. Cependant,  n’oublions pas non plus, le Constantinois,  Fronton de Cirta (100-170), grand maître en  rhétorique, précepteur de Marc-Aurèle et qui,  par ses « traités », a été, dit-on, « la parure  de l’éloquence romaine » et le génial Apulée  (125-180), né (tout comme Saint Augustin)  à M’daourouch (l’antique Madaure) à 50 km  de Souk Ahras (ancienne Thagaste), dans l’Est  algérien.

Son oeuvre majeure, indiscutablement  « Métamorphoses ou L ’Âne d’or », en onze  livres, est reconnue comme étant « le premier  grand roman en prose de langue latine » et très  illustrative d’une littérature et d’un pays antique.  En vérité, avec l’expansion de l’Islâm en A frique  du N ord, à partir du viie siècle, tandis que la  civilisation romaine peu à peu s’estompe, que  le monde berbère commence à s’ouvrir à la  civilisation musulmane, les lettres arabes font  progressivement leur apparition à travers le  pays. E lles instaurent en Berbérie des possibilités d’existence nouvelles orientées vers des activités spirituelles, intellectuelles et sociales inédites et d’autant qu’à la suite de l’épopée de ‘Oqba Ibn Nâfi‘, bientôt, s’annoncent les  rêves arabo-berbères et, grâce à Tarîq I bnou  Ziyâd, se précisent les splendeurs culturelles de  l’Andalousie musulmane.

Surtout les récits des  chroniqueurs nourrissent abondamment des  imaginations créatives chez les lettrés, hommes  de foi, historiens, géographes, voyageurs, poètes,  conteurs, n’hésitant pas à cheminer à travers tout  le pays et à vivre au milieu des populations qu’ils  observent et dont ils tirent de substantiels effets  littéraires, ceux-ci sont toutefois largement puisés  dans des modèles de tout genre de littérature  d’auteurs orientaux.

Dès lors, c’est la pensée  arabe qui évolue dans une production littéraire  écrite ou orale en langue arabe. Citons Ibn  Rachiq El Hassan (995-1064), poète et critique  de M’sila, un certain E l Maqqari Chihâb E ddine  Aboû l-Abbâs (1591-1632), poète et historien, né  à Tlemcen, le géographe et infatigable voyageur,  Ibn B attoûta (1304-1377), l’illustre historien et  sociologue et l’un des plus grands de l’humanité,  Ibn Khaldoun (1332-1406), El Ouarthalânî  Houssaïne Mohammed (1713-1779) de la  région de B ejaïa, auteur d’une relation de voyage  sur la société musulmane de l’Afrique du Nord,  de l’Égypte et de l’Arabie.

Dans l’ensemble, cette  littérature décrit l’ordre social ou économique inspiré de la civilisation musulmane d’Orient.  Les trois siècles ottomans d’Algérie(i), portés  généralement sur une culture islamique et  peu enclins à une évolution intellectuelle des  populations, n’ont pas donné de littérateurs,  à proprement parler, qui auraient exposé  des caractéristiques culturelles, économiques,  sociales et politiques de l’époque.

À peine, nous  faut-il peut-être remarquer Hamdan Khodja qui  a écrit Le Miroir, Aperçu historique et statistique sur  la Régence d’Alger (publié en 1833) et quelques  archives et de rares récits de voyageurs et des  articles en arabe qui seront, du reste, traduits  et édités par des E uropéens, entre autres  Français, intéressés par ce qui se rapporte à « La  fondation de la R égence d’Alger » et, a posteriori,  à « l’histoire de la colonisation française ». 

Néanmoins, signalons que la littérature orale  (poésie récitée ou chantée) d’expression arabe  populaire a été importante pour dénoncer  l’expédition française, la prise d’Alger et  l’établissement de la colonisation...  Pour autant, il est désormais admis que l’Algérie  n’était pas ce « pays vide et barbare où la  colonisation [française] aurait tout apporté (ii). »  La résistance algérienne armée et politique à  la conquête française a été immédiate et n’a  jamais cessé pendant 132 ans d’occupation  française.

 

i - A.T. El Madani, Harb athalathimiati sana baïn
el-Djazâir wa Isbâniâ, La Guerre algéro-espagnole
de 1492 à 1792, SNED, Alger, 1968.

ii - Y. Lacoste, L’Afrique du Nord, 1re partie : Histoire,
in Documents, EDSCO, n° 61, Chambéry, Juin-Juillet
1957, p. 30.


 

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