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Table-ronde avec Kaddour M’hamsadji auteur de "Le Petit Café de mon père» et Smaïl GOUMEZIANE, auteur de «Algérie, L’Histoire en héritage ». Jeudi 26 avril 2012 à 18H30
kalila : Est-ce que cette capacité de vous exprimer par l’écrit, a forgé en vous l’âme révolutionnaire ? K. M’Hamsadji : Comment dois-je comprendre votre question ? Elle est difficile et y répondre exige un air présomptueux que je ne pense pas avoir. Du reste, je ne sais pas si dans sa vie un écrivain a jamais forgé son «âme révolutionnaire». Son «âme» oui, c’est-à-dire ce qui, en lui, lui fait vouloir, comprendre, raisonner, agir, aimer, choisir ce qui est bon pour lui et pour tous, par exemple la justice, la liberté, la paix,... En ce qui me concerne, c’est plutôt ma prise de conscience d’être humain et, par conséquent, de n’être pas animal, qui fait mon «âme».
Cela grâce à l’éducation que j’ai reçue enfant dans un milieu familial où le respect de l’autre est une tradition. Pendant mon adolescence, mes fréquentations dans un milieu socioculturel avec mes camarades algériens et quelques européens et, plus tard, à l’âge de l’enthousiasme juvénile, ma conscience, mon éducation, mes lectures et mes rencontres avec certaines personnes adultes cultivées et justes se sont développées naturellement. Ce qui m’a permis de comprendre le sens de la vie, le respect de la vie.et, sans doute au-dessus de tout, de reconnaître mon identité nationale. C’est, je crois, cette disposition d’esprit qui m’aide à écrire et qui se retrouve quelque peu dans ce que j’écris depuis ma première oeuvre il y a plus d’une cinquantaine d’années. Et ainsi, «l’âme révolutionnaire» s’est-elle forgée en moi ? Sincèrement, je ne sais pas : j’aime écrire et dire les sources de ma vie : mon pays et mon peuple, là où je suis né, là où je continuerai à remplir mes modestes devoirs et là où ma très secrète pensée est d’espérer vivre jusqu’à mon dernier printemps. kalila : Dans cette courte autobiographie, on y trouve avant tout un intérêt sociologique : Vous nous éclairez sur la société, soit le quotidien, les métiers, les coutumes d’antan. N’avez-vous pas envie d’écrire davantage pour transmettre votre savoir à la jeunesse d’aujourd’hui ? K. M’Hamsadji : Écrire, l’acte d’écrire, c’est presque une aventure spirituelle, pour moi, une sorte de vocation du sacerdoce des pédagogues. Vous l’avez constaté, je crois, en lisant «Le Petit café de mon père», et l’on peut retrouver cet «esprit» plus généralement dans mes livres précédents. Il ne s’agit pas de transmettre un savoir, car je ne suis pas auteur de manuels scolaires, mais de faire connaître à la jeunesse des destinées vécues ou à vivre, des exemples de vies authentiques s’inspirant des aspirations et des besoins propres à former les jeunes, à travers un message construit — fût-ce une fiction qui se transmue en réalité — et qui se risque à cette pointe extrême d’une pédagogie du devoir et de libération de la personne humaine. Je n’ose pas vous citer les titres de mes ouvrages dont l’un d’eux «Le Silence des cendres» a été traduit en chinois en 1965 et adapté par moi-même pour la télévision algérienne et réalisé par mon regretté ami Youcef Sahraoui en 1976. Ma formation professionnelle est assez longue, mon expérience aussi. J’ai été instituteur, professeur de français, inspecteur de l’enseignement, concepteur de produits audiovisuels et consultant pédagogique dans ce domaine, directeur général du Centre National Je me suis attaché à faire connaître le livre algérien depuis «Atlas» (1963), la toute première revue hebdomadaire de l’Algérie indépendante, puis au journal «Le Peuple», puis à «El Moudjahid» et à la radio algérienne. Depuis 2000, j’assure une rubrique hebdomadaire «Le Temps de lire» au kalila : Votre histoire se passe à l’époque coloniale. Est-ce donc un moyen d’essayer d’écrire une petite histoire dans la grande Histoire ? M’Hamsadji : Je n’ai pas eu vraiment cette intention. J’ai tenu à raconter mes souvenirs d’une époque, celle de mon enfance et de mon adolescence qui, sans doute, rappellent aussi celle des femmes et des hommes de ma génération. J’évoque nos traditions, notre éducation, nos jeux, notre formation à la vie adulte. J’ai fait la description de ma ville natale appelée Soûr El Ghouzlâne dont la colonisation française a fait Aumale (1846) et la domination romaine Auzia, une bourgade en fait, fondée au 16e siècle av. J.- C. par des émigrants de Tyr et de Phénicie sur un carrefour stratégique au pied de djebel Dirah (1810 m). J’ai essayé d’y faire revivre, dans son passé colonial, sa population composée d’Arabes, de Berbères, de Juifs, de Colons européens, d’administrateurs civils et militaires français. J’ai écrit des récits « au » passé, non des récits « du » passé. C’est une image fidèle au possible de ce que l’on peut dire aussi des années de la Seconde Guerre mondiale dans une petite ville algérienne des Hautes Plaines. J’ai tenté de reconstituer des vies de personnages à l’école, dans la rue, sur les terrains de sports, dans les jeux, dans la pratique du scoutisme, de la camaraderie et de l’amitié, dans les rapports entre populations de toute origine et de toute confession, de l’administration coloniale,... Le mode de vie imposé à la population pendant la guerre : le rationnement de l’alimentation, la pauvreté, les maladies, la xénophobie, le régime de Vichy, l’Armistice et après, c’est-à-dire la kalila : Mis à part le plaisir de la lecture, qu’aimeriez-vous que le lecteur retienne de votre ouvrage ? K. M’Hamsadji : Tout le récit, du moins je l’espère, sinon qu’il retienne à tout le moins l’émotion que j’y ai mise. Si mon lecteur est jeune, je voudrais lui faire sentir la nécessité d’apprendre de bonne heure à se poser sans cesse ces questions : Qui suis-je ? Que dois-je faire ? Que puis-je espérer ? Je ne lui donnerai pas de réponse, car j’ai confiance que, tôt ou tard, il saura éclairer, soutenir, vivifier son existence... À l’heure où l’on parle chez nous de la réintroduction du livre et de la pratique de Propos reccueillis par Farah Abane
Smaïl goumeziane: «Algérie, L’Histoire en héritage « Algérie algérienne ! »
Où donc puiser nos sources de l’enseignement de l’Histoire de l’Algérie, sinon dans la masse des documents qui existent et dans lesquels le regard critique de l’historien doit s’exercer sans relâche, car on ne peut écrire l’Histoire sans historiens. Pourquoi ? C’est qu’il y a bien des manières d’écrire l’histoire ! Eh bien, ayant pour titre Algérie, l’Histoire en héritage, le travail colossal de Smaïl Goumeziane, minutieux et s’étayant sur les recherches les plus récentes, se présente comme un plaidoyer, comme un des meilleurs ouvrages actuellement de référence dans le domaine du devoir de mémoire et de l’écriture de l’Histoire — au processus si complexe de notre pays — entrepris par des auteurs algériens après l’indépendance. Sous sa plume ferme et pédagogique, s’expriment librement une réflexion, une conviction et une conclusion, — l’universitaire et l’homme d’expérience en économie et en politique renforcent l’esprit critique de celui qui met sous nos yeux une étude vaste et méthodique de l’évolution d’une réalité historique, un legs riche qui se rapporte à une foultitude de points qui nous intéressent, un authentique héritage indivis commun historiquement à tous les Algériens. Cet héritage, Goumeziane — qui se défend d’être historien — l’aborde avec respect et répète, en l’écrivant, ce que l’Algérien, épris de sa patrie, justement pense : « Un demi-siècle après l’indépendance, les Algériens sont toujours dans l’attente de cette histoire qui leur permettrait de comprendre d’où ils viennent, qui ils sont et d’envisager leur avenir sur des bases et des repères objectifs. Car c’est bien l’histoire de l’Algérie qui a fait ce qu’ils sont aujourd’hui. [...] Avec, en filigrane, l’idée qu’il y aurait, selon les besoins ou selon les auteurs, une histoire officielle, une histoire des vaincus ou une histoire des vainqueurs ! » À ce questionnement, l’auteur va s’atteler à une tâche difficile pour y répondre. Il écrit : « Plutôt que de s’échiner ou de s’étriper à propos de la qualification de ce territoire, il vaut mieux étudier l’évolution de cette réalité historique à travers ce qui deviendra progressivement Thamourth Imazighen, la Berbérie, la Numidie, Djazâir, El Djazâir ou l’Algérie, selon la langue utilisée, et la manière dont les hommes l’ont vécue et ont en rendu compte. » S’écartant de toute « querelle de clocher », mais bel et bien « en fils de [son] temps » et fort de sa longue pratique de l’économie et de la politique en Algérie, Goumeziane rédige avec sérieux et émotion une Introduction largement inspirée d’une citation de l’émir Abdelkader. Le corpus comprend cinq parties (L’héritage originel ; L’héritage berbéro-arabe et musulman ; La résistance au colonialisme français ; La voie de l’indépendance ; L’indépendance sans les libertés) et un Épilogue par lequel sont confirmées aux Algériens « les origines des problèmes et des blocages, sources de leurs inquiétudes et de leurs angoisses présentes et futures. » Tout au long de l’ouvrage, où ressurgissent les hautes personnalités nationalistes et intellectuelles, les combattants et les résistants de toute l’Histoire de l’Algérie, est développée une suite d’événements historiques exceptionnels. Par Kaddour M’Hamsadji
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